FC Barcelone : portrait d’un géant en danger

Je profite de cette période de pause du football pour vous faire part de mon avis sur la situation actuelle du Barça. 

Cet avis que je porte sur le Barça est donc le mien et correspond à la vision que j’ai aujourd’hui du club que je supporte.

J’espère que vous apprécierez et n’hésiterez pas à réagir.

Ce qu’a été le Barça

Avant de commencer ce portrait, permettez-moi un léger instant nostalgie.

Revenons pour cela au Stadio Olimpico de Rome, le mercredi 27 mai 2009.

En pleine époque de football business et de starification des joueurs, une équipe composée à 90% de joueurs formés au club, étrennant la seule mention Unicef sur son maillot, domina ce soir-là Manchester United en finale de la Ligue des Champions.

Que le football nous paraissait agréable alors…

Cette équipe, c’était le Barça de Pep Guardiola, arrivé un an auparavant.

Une équipe qui paraissait invincible et qui régalait les spectateurs, qu’ils soient fans de football ou non.

Une invincibilité d’autant plus dingue qu’elle reposait sur la simplicité la plus élémentaire : l’envie de jouer au football.

C’est avec cette équipe que le Barça a écrit la plus belle page de son histoire.

Cette équipe polarisait les regards et nous rendait presque amoureux.

Avec lui, le monde découvrait Lionel Messi, futur recordman de victoires au Ballon d’Or, mais aussi Xavi, Iniesta, Busquets qui participeront grandement au sacre espagnol en 2010.

Les années suivantes ont vu cette génération magique glaner une deuxième C1, avant d’asseoir sa domination nationale et même de réaliser un deuxième triplé avec Luis Enrique.

Jusqu’à une progressive période de déclin, depuis quelques années, et dont le point d’orgue fut l’ascenseur émotionnel de mai 2019 : alors que les supporters croyaient le Barça capable d’un nouveau triplé, ils ne récoltèrent que le traumatisme d’Anfield.

Ce qu’il est aujourd’hui

Nous voilà en 2020. La saison est arrêtée et le Barça nous manque mais pas tant que ça.

Il faut dire que l’équipe de 2009 est déjà loin.

Même si des cadres comme Messi, Piqué ou Busquets sont encore là, Barça ne rime plus vraiment avec beau jeu.

Désormais loin du niveau stratosphérique qu’elle a pu proposer, l’équipe paraît même amorphe. Ni les entraîneurs successifs, ni les joueurs de classe mondiale, ni la direction n’arrivent à lui redonner ce surplus d’énergie dont elle manque cruellement.

Pire, malgré de considérables efforts financiers, le Barça périclite toujours plus. Après avoir perdu le respect en Europe au fil des remontadas subies, c’est désormais sa suprématie nationale qui est menacée, suite à de trop nombreuses défaites à l’extérieur.

Une tactique devenue bien approximative

Ce déclin se voit malheureusement toujours plus sur le terrain.

Autrefois référence du jeu collectif, le Barça s’est laissé aller jusqu’à devenir l’opposé de ce qu’il avait été.

Son jeu est désormais stérile, fait de passes inutiles et qui n’ont pour unique but que de temporiser en attendant un éclair de Lionel Messi.

Le Barça ne joue donc plus en équipe. Il se repose sur une seule individualité : Messi. L’Argentin, si seul à maintenir un niveau exceptionnel, est constamment recherché et polarise le jeu.

Il dicte le tempo de cette équipe. Un tempo lent, celui d’un génie qui se demande où va son club de toujours.

Une lenteur dans le jeu qui ne permet même pas au Barça d’être bien organisé défensivement. Les approximations sont nombreuses dans ce secteur de jeu, bien masquées la plupart du temps par un Ter Stegen impérial.

Établi en leader incontestable de l’équipe, Messi a aussi ses péchés mignons. Trop peu actif à la perte du ballon, il est le symbole d’une équipe désormais en dessous de ses adversaires en termes de pressing et d’intensité.

Son aura est telle qu’elle paralyserait presque ses coéquipiers. Ces derniers en viennent trop souvent à s’interdire de prendre des initiatives, par facilité mais aussi par crainte de mal faire.

Cette absence de jeu collectif et l’ultra-dépendance envers Messi conduisent le Barça et ses supporters vers une angoisse légitime : celle de l’avenir du club après la retraite de Messi.

Une situation difficile mais pas forcément compromise lorsqu’on on observe la génération de joueurs qui pourraient être là après la retraite du génie argentin et la capacité de l’équipe à gagner des matchs en son absence.

Une génération, menée par les Griezmann, De Jong, Arthur ou Semedo, qui paraît bridée en présence des cadres historiques du vestiaire.

Un mariage entre deux générations qui semble compliqué, et pour lequel le Barça peine à trouver celui qui pourra le mettre en œuvre.

Ernesto Valverde a trop vite abandonné l’idée d’imprimer une dynamique et de faire des choix forts.

La direction est donc allée chercher Quique Setién, un cruyffiste convaincu, pour tenter un retour aux sources.

Malgré de bonnes intentions, ce dernier dispose de pouvoirs trop limités pour réellement changer les choses.

Le technicien espagnol, arrivé au mois de janvier, ne semble même pas avoir son mot à dire sur les joueurs avec lesquels il aimerait composer.

Son manque de légitimité au plus haut niveau ne l’aide pas non plus à remettre le vestiaire en ordre de marche.

Tout cela le condamne à changer quelques réglages plutôt qu’à transformer l‘équipe.

Une transformation ne peut pas s’enclencher de la sorte. Elle demande de l’anticipation, chose dont manque cruellement la direction, comme en atteste ses transferts forcés et souvent incompréhensibles (Braithwaite, Boateng).

Le procès de la direction

Avec l’anticipation vient un choix à court terme et celui-ci sera difficile.

Un choix entre un noyau dur de joueurs ayant rapporté des dizaines de trophées au club et une nouvelle génération synonyme d’un nouveau cycle.

Le choix devra être fait et appliqué : garder les anciens et les remotiver par tous les moyens ou privilégier la nouvelle génération en lui donnant les clés.

Ce choix, tout le monde a compris depuis longtemps que ce ne serait pas la direction de Josep Maria Bartomeu qui le ferait.

Croyant tout renouveler grâce à des transferts ronflants, elle a en réalité payé des ponts d’or à des joueurs de classe mondiale pour finalement leur annoncer qu’ils ne seraient que des roues de secours.

Bartomeu et les siens n’ont pas non plus été plus inspirés dans la gestion des cadres. Alternant entre l’approbation d’Ernesto Valverde poussé par le vestiaire malgré de mauvais résultats et des attaques directes sur les réseaux sociaux à l’encontre des principaux joueurs de l’équipe, via une société extérieure, cette direction brosse dans le sens du poil avant de fusiller discrètement.

Les soubresauts de la direction ne sont en réalité pas motivés par l’envie d’assurer le bien durable du Barça mais par la volonté de se maintenir au pouvoir.

Un pouvoir avec ses avantages économiques et politiques.

Affrontant une détestation toujours croissante à son égard, la direction de Bartomeu est prête à tout pour rester à la place qu’elle occupe aujourd’hui.

Son clientélisme auprès des joueurs et des fans l’amène à se laisser dicter des choix d’entraîneurs et de joueurs.

Sacrifiant un Luis Enrique trop exigeant, elle a fait le bonheur des joueurs en recrutant Ernesto Valverde et en le soutenant malgré ses multiples déconvenues.

Valverde n’étant qu’un pion, elle n’a pas hésité à le limoger sans la moindre classe pour contenter des fans en colère.

Sa volonté subite de chercher un entraîneur cruyffiste n’étonnera personne à un an des élections, face à des candidats prônant un retour aux sources.

Ce calcul permanent l’amène même à prendre des décisions inconsidérées. Retour de Neymar doublé d’une arrivée de Lautaro Martinez, et ce alors même que les derniers transferts payés une fortune ont donné des échecs jusque-là, et que les finances du club sont fragiles.

Pendant ce temps, la défense est toujours plus sinistrée et les latéraux et ailiers absents.

Ne parlons même pas de la Masia. Le mythique centre de formation barcelonais ne forme plus de talents. Ayant dû changer ses méthodes pour devenir un supermarché des jeunes footballeurs vendus à prix d’or, la Masia ne voit même plus ses quelques talents purs promus en équipe première.

Il faut dire que les joueurs issus du centre de formation peinent à se mettre au niveau d’une équipe comme le Barça. Mais rien ne semble fait pour y remédier.

Ce manque de logique flagrant dans les décisions sportives n’est en réalité pas étonnant.

Le plan de la direction du Barça est en réalité bien loin du football.

Surfant sur des heures de gloire révolues, elle transforme une équipe de football pour en faire un moyen de divertissement. Refonte des infrastructures pour en faire un Disneyland du sport, films sur l’équipe première, déplacements aux quatre coins du monde pour se produire devant des publics nouvellement fans.

Tous les moyens sont bons pour que l’institution Barça, devenue marque Barça, profite de son aura pour générer des revenus.

Des activités pour lesquelles certains proches de Bartomeu n’auraient pas hésité à piocher directement dans les caisses du club, déclenchant un énième scandale et la démission de six membres, dont Emili Rousaud, son candidat attitré pour les prochaines élections.

Des intérêts bien différents

Le FC Barcelone est aujourd’hui un bateau à bord duquel personne ne rame dans la même direction.

Dirigé par une clique motivée par le profit économique et le rayonnement de la marque plutôt que celui de l’équipe, le Barça doit se reposer sportivement sur une autre clique.

Une clique autrefois glorieuse et dorénavant presque parasite.

Menée par un Lionel Messi toujours brillant et qui tire son épingle du jeu, comme en atteste sa victoire au dernier Ballon d’Or, elle continue cependant de maintenir l ‘équipe à flots.

Un argument suffisant pour imposer ses vues. Messi n’a sans doute pas directement voix au chapitre mais son influence dans le vestiaire, sur le terrain et les résultats du club lui permettent de peser grandement sur les décisions.

Hélas, Léo si brillant dans ses œuvres footballistiques, laisse à désirer quand il s’agit de prendre les bonnes décisions pour l’équipe.

Plutôt que d’accepter de renouveler clairement le front de l’attaque, l’Argentin milite plus que personne pour le retour de Neymar, une opération difficile qui fragiliserait les comptes du club.

Enfin, comme un troisième engrenage dans le club, les nouveaux joueurs venus pour franchir un palier sont condamnés à la frustration. Frustration d’être mis au second plan, frustrés par des entrainements trop légers et surtout frustrés par cette impression d’arriver après la bataille, dans un régiment qui a déposé les armes.

Nombre d’entre eux peinent à se mettre au niveau. Privés de responsabilité et de la liberté d’utiliser pleinement leurs qualités naturelles, ces joueurs doivent aussi affronter une pression immense des supporters, à laquelle ils ne sont souvent pas préparés.

Cette communauté de fans, dont beaucoup ont commencé à supporter le Barça récemment, a des attentes énormes.

Sensibles aux phénomènes de « jeunisme » ou à la culture de l’instant, cette communauté appelle en permanence à acheter de nouveaux cracks et fustige les joueurs au moindre match moyen.

Elle valide souvent, sans même s’en apercevoir, les choix clientélistes de la direction actuelle, basée sur des transferts répétitifs et coûteux.

Une vision du football à travers le Barça

Si le Barça chute, il serait malhonnête de dire qu’il est le seul dans ce cas.

Avant lui, ce sont d’autres grands qui sont tombés de leur piédestal, comme Manchester United ou encore le Milan AC.

Aujourd’hui, le Barça, et avec lui le Real, l’Atlético et les autres équipes de Liga perdent de leur superbe, alors qu’elles avaient été au palmarès de la grande majorité des compétitions européennes de la dernière décennie.

Le Barça est un symbole de notre génération footballistique. Sa perte de repères égare aussi les autres équipes, autrefois persuadées qu’il suffisait d’imiter l’ogre catalan.

La question se pose donc pour savoir s’il faut changer de stratégie, ou rester fidèle à ses principes.

Dans un football plus défensif, où les équipes sont plus calculatrices et en attente d’un faux pas adverse, le jeu du Barça pourrait s’avérer contre-productif.

Pour faire face, le Barça doit cependant garder ses principes de jeu comme base et les faire évoluer. Cela demandera un tacticien mêlant deux qualités : l’envie de produire du jeu et le caractère pour rester fidèle à ses idées et les faire évoluer, si besoin.

Le Barça est désormais trop lié au beau jeu pour l’abandonner du jour au lendemain.

De plus, l’extraordinaire aventure européenne de l’Ajax Amsterdam l’an dernier nous montre qu’une équipe peut revenir au sommet en ne déviant pas de ses idées.

L’Ajax avait pu effectuer un parcours incroyable en renversant des équipes de premier plan, alors que le club hollandais avait presque été oublié jusque-là.

L’inexpérience de ses joueurs et son statut permanent d’outsider lui avait malheureusement joué des tours.

Des problèmes que le Barça n’aura pas vraiment. Car les Catalans gardent une force de frappe financière non négligeable, ainsi qu’un nom prestigieux pouvant attirer des grands joueurs.

Des arguments de poids, qui pourront permettre au Barça d’éviter les écueils que rencontre actuellement le club néerlandais : fuite des jeunes talents, manque d’expérience dans les gros matchs, et comme suite logique, absence de continuité au plus haut niveau.

Enfin, le Barça saura toujours compter sur ses anciens joueurs pour entraîner l’équipe et y appliquer, en les faisant évoluer, les principes qu’ils y auront appris. Et ce qu’il s’agisse de l’équipe première, de l’équipe B ou des équipes jeunes.

La relative apathie de nombreux gros du football européen ces dernières années peut d’ailleurs rendre plus proche l’idée d’un nouveau sacre européen pour le club des Culés.

Il faudra pour cela prendre les bonnes décisions. Et cela sera loin d’être facile.

Le futur du FC Barcelone

Le FC Barcelone sera sans doute moins fort à l’avenir qu’il ne l’a été récemment.

Son nouveau cycle ne sera pas pour autant une longue traversée du désert. Car le Barça peut toujours s’appuyer sur ce qui a fait son succès.

Si La Masia est aujourd’hui sinistrée, le jeu stérile et les hommes amenés à redonner du dynamisme au club pas encore installés, il n’en sera pas toujours ainsi.

D’autant que le football va vite.

Avec la candidature de Victor Font et celle de Joan Laporta, il y’a fort à parier que le Barça va bientôt revenir aux sources.

L’espoir est donc permis mais pas l’enflammade. Car la reconstruction sera lente et demandera de faire des choix pertinents, parfois même courageux.

La Masia devra être rebâtie et prête à affronter les assauts d’autres clubs prêts à fournir des contrats juteux très vite à ses talents.

Pour redonner de l’envie à l’équipe, il faudra la construire autour de ceux chez qui l’envie est présente et mettre à sa tête un homme de caractère.

Cela supposera, par moments, de ne pas faire passer le talent pur en premier.

Dans cette optique, espérons que les bons hommes seront choisis, qu’ils soient des anciens ou de nouvelles têtes au club.

Le Barça peut encore revenir en faisant preuve de rigueur et de patience.

Cela ne sera pas forcément évident pour une telle institution, source d’enjeux financiers.

Le départ de Lionel Messi sera inévitablement un coup dur, mais aussi un virage décisif qui permettra aux décisionnaires de tout remettre à plat, à ce moment-là.

L’heure est donc à l’incertitude, mais pas au pessimisme.

Si l’Ajax a pu revenir au top en appliquant ses préceptes habituels, il n’y a pas de raison pour que le Barça n’y arrive pas.

Le Barça est à un tournant de son histoire sportive.

Il dispose encore d’armes redoutables pour le négocier efficacement, ce qui ne le dispensera pas d’efforts considérables, s’il souhaite revenir sur le devant de la scène.

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Stanio

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