La Masia, une mine d’or pour le Barça

Photo : Jasper Juinen/Getty Images

La Masia est devenue ces dernières années une mine d’or pour le Barça. Le conseil d’administration de Bartomeu a réussi sa monétisation grâce aux transferts, bien que la pression salariale ait entraîné une augmentation du ratio d’investissement.

Lionel Messi n’a aucune valeur. Du moins en terme comptable. Sa clause est de 700 millions d’euros, certes, et tout club qui souhaite l’acquérir devra chauffer la carte bleue. Cependant, la réalité est qu’il n’est pas présent dans la balance du FC Barcelone. La raison? Le club Blaugrana n’a jamais versé un centime pour le transfert du joueur argentin. Néanmoins, sa formation a été comprise dans l’investissement annuel dans La Masia. Un Montant qui augmente chaque année et qui atteindra la somme record de 47,4 millions d’euros en 2019-2020. Mais comment le club essaie-t-il d’obtenir le retour sur investissement dans ce domaine?

La Masia : La pépinière du Barça

La première raison pour laquelle la Masia a été conçue est évidente: réduire la dépendance au marché des transferts et être en mesure de nourrir l’équipe première avec le maximum de jeunes joueurs. “il est essentiel de fournir l’équipe première de jeunes de la maison”, explique Patrick Kluivert, directeur de la formation azulgrana cet été dans le magazine officiel du club. Cette saison, il y a six joueurs formés directement, auxquels s’ajoutent ceux des filiales habituelles, dont le prix de marché dépasse 400 millions d’euros, selon Transfermarkt. 

En d’autres termes, l’investissement des dix dernières années aurait déjà été récupéré avec la montée en puissance des joueurs depuis la catégorie inférieure jusqu’à l’élite. La crainte pour beaucoup est que cette génération de talents régresse, alors que depuis une décennie, deux générations se sont croisées pour permettre à Victor Valdés, Carles Puyol, Gérard Piqué, Sergio Busquets, Xavi Hernandez, Andrés Iniesta ou Leo Messi de se hisser dans l’élite.

“Il est clair que la qualité des joueurs n’est pas la même chaque année; Nous avons beaucoup de qualité à La Masia, mais tous les talents ne peuvent pas sortir en même temps”, admet Kluivert dans l’interview susmentionnée, réalisé à l’occasion de la quarantième anniversaire du projet et à un moment où il semble plus difficile d’accéder au vestiaire du Camp Nou. Le dernier canterano à s’être consolidé dans le onze est Sergi Roberto. Ces derniers mois, la porte s’entrouvre pour Ansu Fati et Carles Pérez, tandis que Riqui Puig tocque encore.

Au delà du débat de l’intérêt réel du staff d’Ernesto Valverde pour la Cantera, le fait que le Barça commence à obtenir des performances économiques sur les joueurs qu’il forme et qui ne font pas partie de l’élite commence à se sentir. Les plus-values annuelles provenant des transferts de jeunes joueurs n’ont pas dépassé 800 000 euros en moyenne entre 2003-2004 et 2014-2015, mais depuis lors, les chiffres ont pris un autre tournant.

Un véritable modèle économique mis en place

Cette année-là, Josep Maria Bartomeu a assumé la présidence après la démission de Sandro Rosell, et, plus tard, a été ratifié aux urnes par les socios. Depuis lors, il a été possible de donner une logique économique à ces transferts imposés par l’âge. Les revenus de la vente des joueurs de La Masia s’établissent à une moyenne de 8,9 millions d’euros au cours de ces cinq dernières années. Et ce chiffre n’inclut pas les Blaugranas qui ont déjà fait leur classe en équipe première avant d’être vendus, comme Pedro Rodriguez (27 millions d’euros), Thiago Alcantara (25 millions d’euros) ou Marc Bartra (8 millions d’euros).

Ces ressources supplémentaires ont permis de placer le revenu propre du football de base au dessus de dix millions d’euros par an, car il s’agit pratiquement de la seule forme de monétisation disponible. Les comptes annuels du Barça révèlent que le chiffre d’affaires de cette catégorie, qui comprend aussi le football féminin, dépasse à peine 1,5 millions d’euros par campagne. Ce montant n’a été dépassé que pendant la saison au cours de laquelle, l’équipe masculine B a atteint la Segunda Division et a reçu plus de 5 millions d’euros de droits de télévision.

Cependant, cette saison 2019-2020 n’a prévu que 30 000 euros pour la billetterie et pour la participation aux compétitions. A ce montant, s’ajouteront 610 000 euros de revenus audiovisuels grâce à l’accord trouvé avec TV3 pour la retransmission des matchs de Segunda B et le million d’euros du secteur commercial, qui comprend le sponsor principal de l’équipe féminine, Stanley, une partie de l’alliance avec Rakuten, qui se penche aussi sur le Barça B. 

Malgré la difficulté d’obtenir un revenu direct, l’investissement du Barça en termes économiques n’a pas cessé de croître d’année en année. Les dépenses totales pour La Masia s’élevaient à 7,7 millions d’euros en 2003-2004, une époque où le football féminin n’était pas professionnel et où la concurrence européenne au niveau des centres de formation n’était pas aussi forte qu’aujourd’hui. Pour 2019-2020, le club a établi un budget de dépenses d’un montant de 47,5 millions d’euros avec une augmentation dans tous les secteurs. 

Compte tenu des revenus actualisés, le déficit comptable de la formation atteindra le chiffre record de 36,57 millions d’euros cette année, soit plus du double que celui de 2018-2019, alors que depuis quelques années, l’investissement net a réussi à se modérer grâce aux plus-values des transferts. En fait, le décalage attendu pour 2019-2020 équivaut à 3,5% de l’ensemble des revenus escomptés (1 047 millions d’euros), soit le pourcentage le plus élevé des dernières saisons, mais inférieur aux 4% ou 5% qu’assume l’engagement envers la Masia au cours de la précédente décennie.

Les charges du personnel sont restées stables entre 2010 et 2017, avec une moyenne de près de 15 millions d’euros par an, entre les salaires des joueurs, ceux des encadrants et de la structure. Cependant, la décision de professionnaliser l’équipe A  féminine et la nouvelle politique de recrutement de joueuses plus expérimentées qui complètent la jeunesse de l’équipe B ont augmenté le montant de ce secteur: 23,6 millions d’euros en 2017-2018, la saison passé en Segunda Division, qui atteindra cette année 31,74 millions d’euros. 

Une politique assumée ! Et la philosophie du Barça ?

Cette pression salariale est également due à l’obligation d’offrir de meilleurs contrats aux jeunes promesses, afin d’éviter leur évasion en Premier League ou dans des clubs comme le Borussia Dortmund ou l”AS Monaco, où ils ont la garantie de pouvoir rejoindre l’élite plus rapidement. “Notre travail consiste à expliquer que l’argent n’est tout à cet âge, mais la projection et savoir d’où vous venez”, a déclaré Kluivert.

Aujourd’hui, un jeune joueur coûte entre 15 000 et 20 000 euros par an, même s’il peut arriver qu’il dépasse les 300 000 euros si la direction a confiance en son avenir, comme Ansu Fati. Dans le cas des femmes, les salaires les plus élevés dépassent légèrement 100 000 euros par an. Un autre facteur qui explique cette forte augmentation des dépenses salariales n’est pas la rétention, mais la collecte de jeunes talents étrangers qui viennent directement dans la Cantera et qui suscitent de l’intérêt pour leur éventuelle intégration dans l’équipe première ou pour une vente future à une autre équipe européenne. 

C’est une politique qui émane du conseil d’administration, car la vente de joueurs est devenue un élément clé de la durabilité économique du Barça. “Au cours de ces quarante années d’existence, le modèle de la Masia a évolué, mais il y a une chose qui est resté inchangé”; souligne le président Blaugrana Josep Maria Bartomeu. Former des gens au delà du sport. Le président fait référence à la diversification multisport, mais également à la formation complète des mineurs, avec laquelle ils cherchent à se différencier des autres académies. 

Ce n’est pas un pari fortuit, car cette association du Barça à une certaine manière de comprendre le jeu et de promouvoir les talents locaux a également été essentielle dans la construction de sa marque. En fait, beaucoup de ses actions commerciales ont considéré La Masia comme axe central et ont servi à se positionner sur le marché des sponsorings. 

Sans oublier que le réseau d’écoles générant plus de cinq millions d’euros de chiffre d’affaires et dont la raison d’être reproduit n’aurait pas de sens sans l’image globale selon laquelle la Masia est aujourd’hui l’un des greniers les plus importants du football mondial. La question est de savoir si le Barça peut remporter de nouveau la finale de la Ligue des Champions avec sept canteranos sur le terrain. Il y a 258 enfants qui y aspirent dans la Ciutat Esportiva Joan Gamper. 

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Ilan

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